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Norvège et Singapour, des écoles modèles

 Norvège et Singapour, des écoles modèles 
L’école de Norvège et celle de Singapour sont régulièrement citées en exemple. Elles ont en commun d’être parfaitement en phase avec les grandes priorités nationales : l’égalité et la démocratie pour l’une, la performance et la prospérité pour l’autre.

La Norvège et Singapour ont des systèmes politiques fort différents : une démocratie exemplaire d’un côté, l’hégémonie politique d’un même parti depuis l’indépendance (en 1965) de l’autre… La Norvège est une société bien plus égalitaire que Singapour (1), on y est un peu plus satisfait de sa vie (2). Toutefois, les deux pays sont proches à certains égards. Ils ont des populations de même taille (5 millions). Tous deux sont des pays d’immigration (3), font partie des pays les moins corrompus (4) et les plus riches du monde.

Selon les sites Web des deux ministères, les objectifs des deux systèmes diffèrent. En Norvège, l’école doit « promouvoir la démocratie, l’égalité et le raisonnement scientifique », l’accent est mis sur le développement intellectuel, civique, moral des élèves. Les élèves doivent pouvoir « maîtriser leur vie », apprendre à penser de façon critique, doivent « avoir l’occasion de se montrer créatifs, engagés et curieux ». L’école doit promouvoir le désir d’apprendre. À Singapour, l’école vise à assurer prospérité économique et cohésion sociale. L’accent est mis sur la nation, dont « la richesse réside dans son peuple, son engagement envers le pays et la communauté, sa volonté de faire des efforts et de persévérer, la capacité à penser, réussir et exceller ». Chaque citoyen possède une valeur, mais elle réside dans la spécificité de sa contribution au succès du pays. L’égalité des chances est censée être assurée par le fait que la réussite est fondée sur la performance et le mérite. Le rythme de l’enseignement doit être adapté aux capacités de chacun. Chaque élève doit être stimulé de façon à exceller au mieux de ses capacités. Le système doit aider les enseignants à fonder leur enseignement sur les recherches récentes.

On le voit, ce qui distingue ces deux modèles ne correspond pas aux deux pôles du vieux débat français entre une école vouée à la transmission de la grande culture et une école visant l’épanouissement des élèves. L’école de Singapour attache peu d’importance à la grande culture. L’école norvégienne a des objectifs civiques et moraux qui vont largement au-delà de l’épanouissement des élèves.

Toutefois, l’intéressant est que ces deux écoles ont des points communs, notamment la faiblesse du recours au redoublement (5) et un degré d’autonomie semblable des établissements scolaires.

Les évaluations internationales permettent d’aller plus avant dans la comparaison, à travers non seulement le niveau moyen et la distribution des performances scolaires des élèves, mais aussi ce que les élèves vivent à l’école.

• Performances moyennes

À toutes les évaluations internationales récentes, les élèves singapouriens sont, en compréhension de l’écrit, en sciences et en maths, les meilleurs du monde. C’est vrai au primaire et au secondaire, mais en outre, dans le secondaire, ils dépassent d’environ 30 points Pisa – presque ce qu’on apprend en un an –, ceux du pays qui se classe second. Leurs compétences en maths et en sciences sont particulièrement remarquables. Les élèves norvégiens sont aussi dans le haut du classement quand on considère leurs performances à l’école primaire, et dans les trois domaines. Mais à Pisa (élèves de 15 ans), ils sont plutôt proches de la moyenne OCDE.

Le système singapourien apparaît donc plus performant, conformément au programme qui lui est tracé.

• Équité

Pour apprécier l’équité de la distribution des performances des élèves, on peut s’intéresser au niveau des élèves les plus faibles, à l’écart entre les plus forts et les plus faibles et à la pente de la relation entre la situation sociale des élèves et leur performance, une approche de l’égalité des chances.

Au CM1, en maths et en lecture, les évaluations internationales ne mesurent pas l’inégalité sociale, mais elles montrent que l’écart entre faibles et forts est nettement plus important à Singapour qu’en Norvège. En maths, le niveau des plus faibles est néanmoins plus élevé à Singapour qu’en Norvège, mais c’est l’inverse en lecture.

Les résultats de Pisa 2015 montrent que l’inégalité sociale en sciences au secondaire est beaucoup plus faible en Norvège qu’à Singapour (a fortiori, qu’en France, championne du monde en la matière), qu’il en va de même pour l’écart entre les faibles et les forts, mais que, comme c’était le cas pour les maths au CM1, le niveau des plus faibles est néanmoins plus fort à Singapour.

Le système norvégien apparaît donc plus équitable, conformément au programme qui lui est tracé.

• Expérience scolaire

Comme on s’y attend, les élèves singapouriens passent plus de temps en classe que les Norvégiens, ils travaillent aussi davantage après l’école (23 heures par semaine sont consacrées au travail à la maison, contre 18h en Norvège et 16 en France). Ils sont (un peu) plus disciplinés en classe, mais, à cet égard, le plus remarquable est que l’écart de qualité de discipline entre écoles « favorisées » et « défavorisés » est bien supérieur à Singapour, peut-être une des explications à la plus grande inégalité sociale des résultats dans ce pays. Ils sont aussi plus anxieux avant une épreuve scolaire. Les professeurs, eux, se déclarent plus souvent satisfaits de leur travail en Norvège qu’à Singapour.

Moins attendu peut-être : la fréquence de l’absentéisme des élèves est proche dans les deux pays, bien en deça de la moyenne des pays de l’OCDE. En matière de pédagogie, ils enseignent les sciences aussi peu l’un que l’autre à partir de la réalisation d’expériences. Ce par quoi Singapour se caractérise surtout est la fréquence d’une pédagogie adaptée au niveau scolaire réel des élèves (6), conformément d’ailleurs au modèle. Les élèves singapouriens déclarent aussi souvent que les Norvégiens que le professeur leur donne fréquemment l’occasion d’exprimer leur opinion. Les activités hors programme sont à Singapour parmi les plus créatives. Les écoles y disposent souvent d’un orchestre ou d’une fanfare. L’esprit de compétition entre les élèves n’y est pas particulièrement fort. Ceci n’empêche que le harcèlement (bullying) est plus fréquent à Singapour qu’en Norvège et – c’est peut-être lié – que le sentiment d’appartenance à son établissement y est plus faible.

Que conclure ? Sans doute, la plupart préféreraient être élèves en Norvège qu’à Singapour. Sans doute, quiconque est attaché à la démocratie et à l’égalité préférera le modèle norvégien. Cependant, vu de France, ce qui frappe est d’abord l’existence dans ces deux pays d’un modèle d’éducation, cohérent avec les grands objectifs de chacune de deux nations – la prospérité à Singapour, l’égalité et la démocratie en Norvège –, qui semble bel et bien déterminer en partie l’expérience des élèves comme les résultats du système scolaire, assez souple cependant pour abriter des évolutions significatives (atténuation des filières à Singapour, plan pour un meilleur enseignement des connaissances de base en Norvège). Cela frappe parce qu’on serait bien en peine d’en trouver l’équivalent en France, où l’école semble davantage tiraillée entre des modèles contradictoires et l’objet de débats dépassés (7)

 

Source: scienceshumaines.com

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