En Birmanie, la première manifestation d’ampleur depuis que l’armée s’est emparée du pouvoir le 1er février, a eu lieu ce samedi. Quelques milliers de personnes ont manifesté à Rangoun, la capitale économique, pour dénoncer le coup d’État et réclamer la libération de la dirigeante Aung San Suu Kyi.
Nombreux étaient les manifestants vêtus de rouge, la couleur de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti d’Aung San Suu Kyi. Dictature militaire, défaite, défaite ; Démocratie, victoire, victoire
, scandaient-ils, tout en brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire Contre la dictature militaire
.
Dans la soirée, les rues de Rangoun ont pris des allures de festival dans un concert de klaxons tandis que des milliers de manifestants marchaient en direction de la mairie. Les automobilistes se penchaient à l’extérieur de leur voiture en levant trois doigts, signe de ralliement des contestataires. Des passants leur renvoyaient ce salut. Certains brandissaient des drapeaux de la LND ou des portraits d’Aung San Suu Kyi. Beaucoup applaudissaient et dansaient.
Désobéissance
Un mouvement de désobéissance civile s’est développé au cours de la semaine en Birmanie à la suite du coup d’État. Les médecins, les fonctionnaires, les enseignants et les étudiants avaient montré la voie cette semaine, après le putsch de lundi. La campagne de désobéissance avait obtenu vendredi le soutien officiel du parti de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) d’Aung San Suu Kyi dont l’écrasante victoire aux élections législatives du 8 novembre a été contestée par l’armée. L’état-major militaire a dénoncé des fraudes lors du scrutin, des accusations rejetées par la commission électorale.
Le mouvement est aussi largement soutenu par la diaspora birmane en Asie mais aussi dans le reste du monde.
Internet bloqué
Alors que les rangs des manifestants gonflaient et que des appels étaient lancés sur les réseaux sociaux à rejoindre le mouvement, internet s’est bloqué à travers le pays. Des témoins ont signalé un arrêt des services mobile et wifi. Des manifestants ont lancé des appels aux ambassades étrangères pour qu’elles libèrent leurs réseaux internet et que l’information puisse circuler vers l’extérieur du pays.
We Need the help from the embassies in Burma; have their own network/ internet wifi. We would like to request those embassies to share publicly their WiFi/network for free as a matter time. We sincerely hope that those embassies would cooperate with the people of Burma/ Myanmar. pic.twitter.com/dvw33Jngvj
— NangShweYeeWin (@NangShweYeeWin5) February 6, 2021
La junte s’était déjà efforcée de faire taire la contestation en suspendant les accès à Facebook et elle a élargi cette répression numérique à Twitter et Instagram samedi. L’opérateur norvégien Telenor a rapporté que les autorités birmanes avaient demandé aux fournisseurs d’accès internet de bloquer Twitter et Instagram « jusqu’à nouvel ordre ». Il a ensuite indiqué que les autorités militaires avaient ordonné la fermeture totale des réseaux, sauf pour les appels vocaux et les SMS.
Répression
Pour l’instant, contrairement aux derniers soulèvements de 1988 et de 2007, réprimés dans le sang par les militaires, la junte s’est contentée d’interpeller des opposants et des manifestants. 150 arrestations auraient déjà eu lieu. Une trentaine de manifestants auraient aussi été interpellés.
Par Ouest-France
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