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CAMEROUN:POUR UN ÉTAT VAMPIRE OU UN ÉTAT FRACTAL? Par Dieudonné Essomba

 
"Quand vous avez à traiter un thème sur le Cameroun, n’allez pas vous réfugier dans les livres, ou répercuter les « on dit » des petits groupes ignorants. Si vous ne voulez pas divaguer comme les
bavards prétentieux de FACEBOOK qui viennent débiter leurs fadaises.
Prenons un exemple simple : les recettes fiscales attendues au cours de l’année en cours sont de l’ordre de 2500 Milliards de FCFA.
D’où vient cet argent ? Du point de vue du Camerounais moyen, ce sont nos impôts et il ne manquera d’ailleurs pas de réclamer bruyamment une bonne qualité des services publics, voire une place particulière dans le système productif du Cameroun.
Mais supposons donc que ce soit les Camerounais qui paient cet argent, chacun ayant une boutique, un bar, une petite boulangerie, un taxi, etc. Chaque petite unité paie disons 100.000 FCFA d’impôt, un montant déjà trop élevé et insupportable pour l’écrasante majorité de ces activités, mais acceptons tout de même.
QUESTION : combien faudrait-il de ces unités pour collecter 100 Milliards ?
A vos stylos ! Vous trouverez alors le nombre hallucinant de 1.000.000 de boutiques ! Un million, vous avez bien lu, payant chacune 100.000FCFA !
Autrement dit, sur les 10 Millions de Camerounais adultes, il faudrait qu’un sur 10 dispose d’une structure qui paie 100.000 FCFA pour obtenir seulement 100 Milliards !
Maintenant, quand il s’agit de 2500 Milliards, soit 25 fois plus, vous comprenez très bien que nos unités ne représentent rien du tout.
C’est en faisant ce genre de simulation qu’on comprend vraiment la nature exacte de notre Etat, dont 85% des recettes viennent d’une poignée de multinationales, exactement comme au temps du colon.
En réalité, l’élite nationale s’est tout simplement substitué à ses anciens maîtres, pour jouir des avantage du système colonial, fondé sur les rentes contrôlées par les multinationales, les activités menées par les Camerounais en dehors de l’agriculture d’exportation n’étant qu’un appendice.
Cette élite a reconverti un système colonial brutal et raciste en un système néocolonial endogène conservant exactement l’architecture pyramidale des systèmes coloniaux, mais que l’élite a beau jeu de présenter frauduleusement comme un Etat centralisé alors qu’il s’agit ni plus, ni moins qu’un kyste parasitaire, un Vampire qui ne peut survivre qu’en s’étendant sans cesse au pis du système colonial qui l’a créé et en suçant le sang des facteurs productifs locaux.
Dans ces conditions, ce système ne peut pas créer un système productif. D’abord parce que celui-ci ne lui sert pratiquement à rien. Il ne peut pas le pourvoir en impôts, et quand bien même il pourrait avoir un revenu considérable, son impôt difficile à collecter. Alors qu’une multinationale lui remet 50 Milliards de CFA sans le moindre coût, une petite somme de 50 Millions collectées auprès des Camerounais exige un personnel nombreux de collecteurs d’impôts et de gendarmes, des bagarres avec les contribuables, sans compter les récriminations diverses. Vous comprenez donc pourquoi Biya peut regarder les hommes d'affaires du Cameroun comme des insectes.
En second lieu, même si un tel système tentait d’émerger, il serait aspiré de son sang, car le Vampire qui doit vivre ne peut accepter la moindre soif quand des sociétés nationales gorgées de sang prospèrent : il va les parasiter.
En un mot, le système dans lequel nous nous trouvons n’est pas la nôtre. C’est un monstre conçu pour nous détruire et il ne peut que suivre sa nature immonde. Plus le temps passe, plus son parasitisme devient agressif. Et plus il se détourne des activités de production comme l’agriculture ou la manufacture pour grossir des activités de bavardage et de paperasse, où quelqu’un, parce qu’il a passé son temps à signer une paperasse ou à bavarder dans un forum, se croit fonder à aller voler les maigres devises des paysans pour boire du champagne et s’acheter des limousines. Mais comme c’est cette vie de fainéantise et de parasitisme qui est plus attractive que le travail productif, c’est vers elle que tout le monde va. Autrement dit, pour un seul jeune qui pense faire une cacaoyère, il y a 10 jeunes qui pensent voler ses devises pour vivre une vie de pacha.
C’est bien cela qui va intensifier les luttes pour le contrôle de cette structure parasitaire. Et comme tous les peuples maudits, les Camerounais, bien loin de transformer ce monstre en un Etat normal, chacun dans son petit coin cherche plutôt à s’y glisser pour en vivre, à le capturer au profit de sa corporation, son groupe tribal ou son réseau d’intérêt ; à coup de moralisme au petit pied et de sophismes du type : « Nous nous ferons mieux ».
Vous ferez quoi mieux avec un monstre incontrôlable ? Vous pouvez gérer quoi dans un système structuré de cette manière qui vous impose un couloir que vous devez suivre? Les Camerounais ne savent pas qu’ils créent eux-mêmes les conditions pour s’entregorger.
En définitive, celui qui défend l’Etat du Cameroun, tel qu’il est organisé soutient sans le savoir un vampire. Il faut sortir de ce modèle qui n’a rien à voir avec l’Etat unitaire, mais qui est bel et bien un Etat colonial qui prend frauduleusement les habits de l’Etat unitaire avec lequel il ne partage absolument rien en commun que les apparences.
Mais contrairement à ce que certains croient, je ne soutiens pas le camp anglophone, car autant je suis opposé au système néocolonial avec sa structure pyramidale qu’on qualifie abusivement d’unitaire, autant je suis opposé à la fédération du type classique qui n’a aucun sens dans un environnement comme celui du Cameroun.
Je suis pour un Etat Fractal, plus conforme à nos traditions, avec plusieurs segments dotés chacun de la même légitimité constitutionnelle. C’est un Etat mosaïque où l’Etat est perçu soit du point de vue fonctionnel, soit du point de vue régalien.
Du point de vue fonctionnel, on a l’Etat régalien, l’Etat social et l’Etat productif, tous trois bénéficiant d’une autonomie constitutionnelle.
Du point de vue régalien, on a 4 niveaux de souveraineté : la Communauté, le Canton, la Région et l’Etat central, chacun doté d’une légitimité constitutionnelle et disposant de ses attributions.
Le modèle n’est ni décentralisé, ni unitaire, ni fédéral. C’est un modèle nouveau, une forme actualisée des vrais Etats précoloniaux africains, et qui n’est ni centralisé, ni fédéral, ni décentralisé, mais ubiquitaire et fractal. C’est comme si l’Etat était fédéralisé dans tous ses segments, aussi bien territoriaux que sectoriels.
Plus de pharaon, plus de génie, plus de messie, mais l’intelligence collective.
Mort au communisme, au libéralisme, au compétitisme, au mondialisme et à toutes les idéologies importées ! Mort à l’Etat unitaire, à l’Etat décentralisée, à l’Etat fédéral, et maudits soient leurs soutiens locaux !
Place à l’État Fractal !
Et si à cela, vous ajoutez la binarisation, alors vous aurez un système politique et économique parfait".
Dieudonné Essomba

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